dimanche 30 août 2015

FULL SWING

 Elle se balance
My teeterboard
My seesaw
My swinging
My swing

Elle se balance
son ventre rond dans les étoiles
ses fesses beiges dans le hamac d'argent

Elle se balance et grille tout sous ses ailes

Ma lune





 C'est écrit ça y est. Le projet. Janvier 16.





"J'ai tapé sur l'épaule ronde de Philémon qui voulait me donner les seiches qu'il avait pêchées le matin même. Mais sans cuisine, et sans glacière, et sans le temps, et sans tout ce qu'il faut pour prendre soin de ces êtres précieux, de ces bijoux de l'océan, de ces perles de Kanumera. Nous avons parlé longtemps avant de dire à demain, à bientôt, à quand et quand j'ai atterri à l'autre bout de l'île son frère m'a dit "tu devrais demander au grand frère une place pour te faire une maison.""Oui j'ai dit, avec des lèvres rouges et des dents lumineuses et la salive bleue de la reine des écrans noirs l'enveloppe du goût sucré des papilles salées des mots tendres et des épaules de diamant, oui.""Tu serais là longtemps, il m'a dit tout en conduisant le minibus, assez longtemps pour faire du bien à nos enfants.""Oui j'ai dit, mais j'étais là et à mille places à la même seconde. Oui j'ai dit, ma lune, ma lune, ma balançoire aux jupes vertes, mon feu sur la route dans l'île, mon portrait FULL SWING dans ma nuit. Oui j'ai dit, et quand j'arriverai à l'aéroport il y aura des persiennes de bois envahies de pétales rouges."








samedi 29 août 2015

TON PORTRAIT MON ÎLE

C'est tout en sachant que les deux jours qui viennent n'auront pas de repos, n'auront que bavardages et rires, cris et verres levés, poissons et grillades enlevés, tables et chaises dressées et redressées et jours et nuits qui se touchent, que s'écrit ce qui va bientôt se jouer, se répéter.







EXTRAIT


... Il sort trempé, la tête pleine de chansons. Quelques gouttes épaisses et rondes glissent sur les feuilles éparpillées sur la table, sur le sol, sur le lit. L'encre se dilue, se mélange à d'autres gouttes d'eau. Les mots s'échappent malgré lui. Mon île, ma merveilleuse,  je t'écris... je te parle... c'est sans cesse que mon esprit roule et flotte sur l'espace.... je ne contrôle rien... depuis... j'essuie ma peau, j'essuie mes yeux... je t'essuie toi aussi avec toute la douceur que ma poitrine me commande. Je choisis les vêtements comme des bijoux précieux. chacun se lève sous tes yeux. C'est pour toi. Je vais venir ce soir, et tu viendras toi aussi.

La musique s'emballe, un vieux morceau de bal hurle une plainte rouge.

Mon île, ma merveilleuse, regarde je m'assois je t'attends je me lève je te cherche je vais d'un côté je vais de l'autre le monde est à droite le monde est à gauche mais ta douceur est dans mon sang ta lumière dans mes yeux ta fortune dans ma bouche ton immense présence sur ma langue tu vas venir je cours encore je vais venir aussi j'ai bien conduit ma voiture jusqu'ici j'ai bien dans mes poches tout ce qu'il faut pour te payer un verre tout ce qu'il faut pour te tourner la tête tout ce qu'il faut pour nous enlever à l'aube loin de la fête hurlante de la foule agressive nous emporter sur la rive dans le jardin de velours jaune dans le coton de nos persiennes dans le soleil de notre monde.

La musique est dominée par la voix d'un chanteur médiocre.

Quelqu'un est entré!


EXTRAIT






Moment particulier deux jours avant de quitter l'île. Où ne se sont rencontrés que des femmes et des hommes qui courent après...
Cet vie essentielle AIMER
Quelle souffrance de les voir se débattre, quelle étrange situation que le théâtre au centre de ce tapage humain.





Vivre pour te raconter Mon Île et ton portrait





Ton visage est si près est si doux est si beau est si là est si bon est si vrai est si bleu est si chaud est si doigt est si brûlant est si jambe est si sang est si blanc et si peau et si cils et si chant est si silence
Et le crayon si léger et la peinture si loin et l'encre si imagée et le tissu si vaporisé et la main si légère et l'attraction si forte et la poussée si vraie et la rencontre si puissante et la fusion si rapide et l'évidence si vraie et la lune si pleine et les étoiles nous les étoiles nous l'espace nous la chaleur nous la chimie nous les ondes nous la vibration nous le volcan nous le soleil



Et la lumière efface l'ombre, l'espace porte les Lèvres Les murmures... chuchotés Atteindre Ecouter Aimer





A demain...

jeudi 27 août 2015

L'AUBE FRAÎCHE FRISSONNE DANS LES PALMES DES COCOTIERS

6h.
Aussi rapide que la nuit qui enveloppe la peau de la terre d'ici de son gant, pour la protéger de la lumière, l'aube réveille les oiseaux d'un souffle glacé. La neige de la Nouvelle-Zélande domine les alizés. Quelque part, un lit s'ouvre pour accueillir... Quelque part une nouvelle nuit se veut protectrice, reposante, quelque part... le monde. En Europe de l'est, un homme tape sur le clavier d'un ordinateur. Il se projette un instant dans le mois qui va suivre et ouvre sa messagerie. Dans le sud de l'Espagne, une adolescente prépare son sac de voyage pour partir vers la France. Dans le sud de l'Italie une femme ouvre les contre-vent d'un studio sur la plage aussitôt aveuglée par la luminescence de la lune. A Papette un jeune couple se rendort, deux corps enchevêtrés qui jurent de s'aimer. Un homme respire dans l'haleine douce de la soirée. Un musicien pose sa guitare sur un pied de soutien, et regarde vers le comptoir de l'immense terrasse à Tenerife, allume une cigarette et trempe ses lèvres dans un mojito glacé. Et les esprits s'élèvent et fusionnent et se confondent. Enfin je reconnais le mien, il m'entoure, il me soulève, et quand je lui dis qu'il est beau, qu'il a choisi ses habits avec soin, quand je lui dis que je vois bien pourquoi sa coiffure et son pendentif qu'il me glisse dans la bouche, et je lui raconte l'âme du poisson et le nom de la vague et la petite gueule mousse de ma tortue  sur ma chaussure sur ma guitare et je lui dis que rien ne peut tordre le bras de la vie qu'elle est sur son chemin et je lui montre la direction et je lui dis de regarder la silhouette que notre ombre porte sur le nuage bleu, et qu'il absorbe d'une seule inspiration tous les parfums de la réponse quand il murmure les lettres et les consonnes et qu'il embrasse les voyelles... t... t... jamais comme... qu'il continue de bégayer de répéter de ahaner de s'essouffler de murmurer de reposer de reprendre et de jeter et poser et de reprendre et de jeter et de souffler et de me faire rêver de me faire monter monter jusqu'aux limites de la réalité pour prendre une autre voie... une autre voix... oui je l'entends ta chanson.
6h30
Maintenant le jour est là, alors que la nuit enveloppe là-bas, ailleurs, ailleurs, comme la vie... cette pelote d'épines qui torture la raison et la folie.

Est-ce que les compagnies de théâtre peuvent créer un monde? Est-ce que c'est ce qu'elles tentent toutes dans leur cellule? Microcosme, île petite? Tout Ego seulement? Tout fonctionne donc bien comme une histoire d'atome et d'ion et d'électron et de poussière. Imbibé jusqu'à la fin.

Impossible d'arrêter, de réellement arrêter, de ne plus ouvrir aucun cahier, aucun clavier, aucun projet, impossible, les jours se bousculent au portillon est-ce que la fatigue peut être mortelle comme le disait Vilar?

Je rêve de dormir alors, tomber quand le soleil sera bien haut devant moi. Enfin rêver de moi... de ma vie... ma vraie vie... qui verra le jour un jour...

mercredi 26 août 2015

2629 - IN THE NIGHT - 2629

 Les plus beaux calamars, ceux de l'île des Pins, et la plus douce et la plus sucrée des secondes, celle de la cuisine où l'amour prend tout l'espace. et tout en préparant ces caresses les unes après les autres, et tout en les laissant filer leur goût dans la nuit, l'entrée et course vers ma musique, ma guitare, j'ai rêvé de toi le jour, j'ai rêvé de toi la nuit, tous - tu me manques ma guitare, ton aime me manque - toi mon rêve, ma bateau, ma mer, ma poème, ma dessin, toi, ma, ma, ma, unique et essentielle, immense exceptionnelle plage d'où viennent ces bêtes sucrées et miraculeuses, ma lèvre, ma langue, ma sel et ma mousse, ma ma ma, ma béguaye, ma joaillière, ma sculpture d'argent, ma nautile, ma coquillage, ma oreille, ma ivresse, ma vie, ma te parler me manque, ma te dire, ma te montrer, ma te rêver, ma t'effleurer ma chanson, ma te toi ma sang de ma coeur de ma air ma poumon, ma souffle, chante, chante, chante, chante, joue, joue, joue, joue, vis, vis, vis, vis, vis, ma ta ma bijou di-amant, ma mue ma peau ma frisson ma saison ma




 Merveilleuse bouillante délicieuse recette de la vie






 ma Répit

 ma sieste ma nuit

 ma chaleur



ma Tout



Sans repos, je cours et encore je cours et me rejoignent les âmes qui souffrent et qui me parlent et me racontent leur vie et pleurent et souffrent et me questionnent et me demandent que faire et que dire et que faire et je n'arrive plus à respirer et sur mes yeux s'écrit "je t'écoute, tu peux tout me dire" et encore les âmes me parlent et souffrent encore et je me dis que je n'aurai pas de repos cette année et encore il me dit d'écrire un projet pour décembre janvier et de faire encore ce qu'il faut pour les enfants de l'île et de continuer avec les adultes et il me dit je reviens vendredi et je dis oui et il me dit le cahier des charges et les devis et moi je rêve de toi et je dis oui et je te vois avec tes cheveux qui bougent quand tu te retournes et qu'une assiette recouvre ton gilet beige et que tu me souris et je te dis voilà cette fois c'est arrivé et je change de page et j'écris j'écris tu me diras j'écris et je reviens et cette fois nous sommes deux...

mardi 25 août 2015

DEVIENS QUI TU ES - Nietzsche - et Léonard Peltier

Aujourd'hui c'est à toi de m'écrire, ose, fonce...
































Et signe, à demain ML...

ON NE LES VOIT PAS BIEN SUR LES PHOTOS MAIS ILS SONT LA, LES YEUX QUI SAVENT VOIR NE LES MANQUERONT PAS.


 "Pour moi l'instinct est de perfection inconsciente..." Nicolas de Staël.

Le vol électrique et bleu emporte une nuée de paillons amoureux. Dans les yeux, la mémoire parle et soliloque, solitaire tourmenté, habité d'une âme exigeante qui repousse la négligence, la pelouse de mousse sèche affole les insectes tourbillonnants. Tous cherchent où se poser. Leur détresse gagne une dimension parfaite de la vie. Rassembler, assembler, jouer avec les ailes, jouer avec les mots, leur couleur n'est visible que dans le vol, alors c'est là que les âmes se prennent par la main et partent pour toujours.


 Les nuits sont des routes larges où le théâtre ininterrompu passe dans le futur. Je marche dans ta nuit.

 Sur l'île des pins, encore une fois, la falaise de la différence s'est dressée. Il te faut la mesurer. Quand le futur n'existe pas pour un peuple, comment imagine-t-il demain. Comment l'organise-t-il? Non, il ne le fait pas, pour lui tout ça n'a pas de sens ni de raison.

 Pour raconter exactement il faudra attendre. Des jours et des jours, mais il faut attendre que les yeux voient bien ce qu'il y a à voir. Alors tu attendras et tu verras.



J... Com... t... com... j... n... j... a....


 T... m... m... com... j... n... j... m...


 Les papillons électriques... sont là... il faut les voir... les ailes refermés... et soudain le baiser.




 Tu fais des rêves de plateau de théâtre où ta vie rassemble ses trésors.

 Est-ce que les peintres rêvent ce qu'ils vont peindre?

 Moi je rêve le jour et la nuit et les lumières du chapiteau éclairent le futur.





La passion ne s'épuise jamais. La passion sans mesures. Le temps n'a plus de sens.

Voir, voir, est-ce une condamnation...





dimanche 23 août 2015

TELTANT... VOILA POURQUOI TOUT CA

Pour que jamais ne s'arrête ce qui se voit enfin dans un  virage, sur une petite route, quand trois mots se croisent et se reconnaissent, et que l'immense force qui se fabrique dans cette rencontre se retrouve inépuisable et se transforme inlassablement pour se renouveler, et que cette énergie coule dans les mots qui s'échangent, et que les voix fusionnent pour répéter ensemble, et que les lumières intactes qui brillent depuis des millions d'années s'ajoutent et se relaient, et que la poésie prenne le mouvement, que la musique transporte ce que les mots ignorent, que les âmes ne se détachent plus, que les vies vivent et ravivent et animent et construisent et fabriquent et créent et répètent et fassent et refassent les gestes qui leur importent, distillent les parfums et les vents qui leur échappent et capturent la forme du temps que les secondes et les mesures laissent filer et gonfler et emplir les espaces...

tu vois, c'est ça, tout ça, tellement difficile à dire... telltant...

Et le ruisseau coule et la rivière l'emporte et l'eau se fond dans l'air et les nuages glissent et l'hiver et l'été n'existent plus, seule la passion donne la vie...

LE SOLEIL, ENFIN... ET ... TU VOIS...



 Des jours et des jours d'une patience dont on ne se sait capable.

Des jours et des jours de questionnement, de remise en cause.

Des jours et des jours de délicatesse.




 Pour que, dans cette salle aussi anonyme que partout dans le monde, enfin...

 Les tortues se retrouvent.



 Pourquoi tout ça? Cette question qui revient sans cesse:"Pourquoi tu fais tout ça Christian?"

 Il est fou!

Tu y crois hein!



 Après avoir attendu, embêté tout le monde, après avoir changé mille fois de billet d'avion, de logement, de lieu de rendez-vous, sur la route, au bord de la route... fait du stop, marché...

Après les avions, les barrages des rouleurs aux ronds-points de Magenta de Nouméa;;;

 Oui pourquoi?



 Toujours la même réponse...

 Je ne vois pas d'autre issue.



Pour que le monde change, pour que les enfants voient d'autres femmes, d'autres hommes, qu'ils apprennent d'autres choses que ce qu'ils croient immuable...


Pour que le théâtre prouve encore qu'il est capable de montrer le chemin, quand tous seront capables de se regarder en face, dans les yeux, eux-mêmes...


Enfin est arrivée la première nuit de sommeil... et le premier jour de soleil et de vacances...




Pour qu'enfin mes tortues se retrouvent et se rejoignent et s'envolent encore plus loin que ce qu'elles espéraient. Voilà pourquoi.

vendredi 21 août 2015

LAST DAY IN ISLE OF PINES



 Ma tortue, je guette ta petite gueule d'amour au-dessus de la vague.

Viens me chercher. Je rêve de sauter sur ton dos, et de me laisser engloutir par un autre monde. Celui-là m'insupporte. Tu peux courir aussi loin que la planète te retient, les hommes sont les mêmes partout. Guère de surprises. Heureuses, je veux dire.



 En Kunié, tout ce barda accroché à ce cocotier vaincu signifie, j'habite là. Oui, pourquoi pas. C'est une des possibilités.
Comme le dit Paul qui vient me chercher tous les jours pour m'emmener vers la salle des ateliers " il y a du boulot".




 Aujourd'hui je squatte internet quelques minutes. Dernières lumières du Set-sun ce soir. Dernières paroles d'une chanson, et quelques pas de mes élèves autour d'un essai.


Ma tortue, mon gecko rieur, ma comète enflammée, ma musique, ma fontaine, hier soir sur la route à la nuit j'ai croisé une chouette qui volait à ma hauteur. Elle m'a bien regardé de ses grands yeux ronds. Je lui ai crié:  "Tiens, tu es là, tant mieux, maintenant je sais où je vais. Tu vois j'ai besoin que tu me montres la direction."


 La baie de Kuto, majestueuse dans ses dimensions. Elle confirme que l'appel de l'horizon engendre la méfiance envers ceux qui repartent. Les ceux de passage...



"Tu reviens quand, Christian?"


Je serai là. A demain...

mardi 18 août 2015

L'OISEAU DANSE, DANSE, DANSE...



 Il y a toujours un oiseau qui chante quelque part.

 Que vient faire le théâtre dans la vie des tribus? Il a curieusement soudain une place d'urgence. Enfin quelque chose qui m'excite et fait remuer le fond de la vie. Encore un deuil qui est venu nous intimer le silence. Puis un autre. La formation prend corps et creuse sa place.

 Chante mon bel oiseau du matin...



Déménager chaque jour. Nomade et têtu.















Les nuits sont courtes.











Où est passée la lune que je chevauchais?
Je t'espère.
































L'herbe des toits des cases vivra plus longtemps que moi.































Nous avons créé hier soir un tableau de l'espoir. Les rêves sont tellement doux, toujours. Calmes et paisibles.


Quelques jours vont certainement suivre sans réseau disponible. Un silence annoncé. L'écriture suivra cependant son fleuve. Nous nous verrons dans les étoiles, comme chaque jour, chaque seconde... Oui.

lundi 17 août 2015

BELLES PHOTOS SUIVENT... AVEC JOLIS MOTS ET JOLIS SOURIRES


Aujourd'hui, télégramme:
Pluie.
Coupures réseau.
Froid.
Et difficultés auxquelles je m'attendais.
En plein.
Bon... Je reviens plus tard avec le sourire, mais vivement les vacances...

Heureusement il y a les rêves avec toujours la douceur et la grandeur de ma mer à moi, avec sa rumeur la nuit, sa lumière le jour, et sa vague tendre sur mon épaule.

samedi 15 août 2015

TROIS COEURS QUI BATTENT...

Alors voilà. Entre ce bungalow et la plage, il y a ... toute une famille qui fait la fête. Un baptême et la sono à fond toute la nuit, les grillades et la bière qui coule à flot. A 8h ce matin les touristes de Nataïwatch ont la haine, ça se voit dans leurs yeux. Trop drôle. Et le personnel qui s'inquiète: "Pas trop dur pour dormir avec la musique?". "Non ça va." Mais les enfants ont hurlé la nuit à cause du bruit des basses profondes des chants dans la sono. Oui c'est la vie quoi.


Et à 8h il ne reste que les irréductibles, quelques vieux qui titubent, quelques jeunes autour d'une voiture, les enfants qui se cachent derrière une touffe de palmiers pour épier les adultes dans toute leur splendeur. Et sur Kanumera les ados ont fait un feu et dorment par intermittence.

Comme partout dans le monde non? Tout le monde se regarde en chiens de faïence et pense: "Alors quoi, je suis chez moi, je fais ce que je veux". "Franchement pour un séjour sur l'île des pins, ils font chier les kanaks!"

La pensée profonde du Blanc est plus forte que lui!

Bref... ça me fait rire. Je n'ai pas pris de photo. Juste envie de la décrire comme ça. En pensant à tous ces gens partout qui tentent de vivre un peu, de s'amuser, comme si c'était la seule façon de prouver qu'ils ont réussi, qu'ils sont heureux.

Je reviens tout à l'heure, mais avant il faut que je te décrive le second tableau.

Il y a un fond de ciel bien chargé, et une pluie fine tombe, légère, douce, à peine mouillée. Dans le cadre côté jardin une main sort ou entre dans la pluie. Côté cour un pied nu arrive. Entre les deux l'espace est brillant. Sur le sol un coeur bat. Il cache un autre coeur qui bat lui aussi. Et qui lui aussi cache un autre coeur. Ils sont trois à battre à l'unisson. C'est tout. Je veux dire que tout est là. Dans chacun d'eux il y a le sourire, la fièvre, l'émotion, l'avenir et le sang, la douceur et la beauté, l'imaginaire et le réel, les cheveux et la peau. 

Comme tu te souviens de cette pieuvre...
La même chose, là, dans un tableau.
Le tableau porte un nom écrit: deux coeurs pour faire vivre et le troisième qui les éclaire.

C'est une belle impro.

C'est dimanche et les autres sont partis à la messe. Nico m'a serré la main, et Guillaume a emporté les touristes vers la pirogue qui les mènera à la piscine naturelle d'Oro.

Et après on boira l'apéro. Toi, tu vas te coucher. Bonne nuit, petit alphabet...








L'AERODROME ET LE BAGNE - BALADE MAIN DANS LA MAIN - LA FILLE ET LE BAGNARD

 Quand vous viendrez jusqu'ici, vous passerez par là.

Tu vois, il y aura cet avion, des gens comme ceux-là, et puis plus loin, cette fille. On ne la voit pas bien sur la photo, mais elle y est.



Hier en soirée, j'ai rencontré la plus belle surprise du séjour. Une troupe de théâtre en pleine constitution, familiale et avide de formation, de nouveauté, de savoir, et d'abreuver le public de Kunie de ses messages. Stage de formation prévu lundi soir. Dans la tribu de Kere. Un immense plaisir. Immense espoir aussi. Du coup, avec Guillaume, on était tellement contents qu'on a bu deux verres de vin blanc.



On a travaillé sur des thèmes et des situations, et les extraits que je te montre en font partie. Et celui-ci aussi...



EXTRAIT...

Depuis qu'il l'avait aperçue sur son vélo, il ne pensait plus qu'à elle. Il la voyait partout avec sa jupe verte et son tee-shirt à petits pois, avec son gilet beige. Elle appuyait sur les pédales comme si elle s'enfuyait. Comme si elle courait pour disparaitre, se cacher. Depuis, il trouvait chaque jour un prétexte pour retrouver l'aérodrome. 



C'était facile avec toutes les navettes qui circulaient toute la journée entre les hôtels et les gîtes des baies de l'île. Il y en avait toujours une qui le faisait monter pour l'emmener. "Tu vas encore là-bas? - Oui, je veux être pompier!". Et il s'enfermait dans son impatience et sa hâte de la revoir sur son vélo.



Il a trainé un jour longtemps devant ce paysage. Seul, sur la route, il attendait le passage d'un minibus. Il regardait la mer et les nuages et se posait toujours la même question: "Pourquoi les hommes font-ils tant d'histoires aux autres hommes? Il en avait tellement vu de ces querelles, de ces malentendus, de ces disputes à tous propos. Pourquoi fallait-il qu'ils entrent sans cesse en conflits, en rapports de force, en quête de pouvoir? Tous ces hommes de sa famille... Avec la mer il n'y a jamais d'histoire. Avec la lune et le soleil, non plus. Ni avec les étoiles".
"Et pourquoi tu vas tous les jours là-bas?" Le chauffeur est insistant aujourd'hui. "Tout le monde le connait ton petit secret. Tout le monde sait bien que tu lui cours après." - "Et alors, je l'aime et ça ne vous regarde pas. Qu'est-ce que ça peut vous faire ce que j'ai dans mon âme?" - "Tu lui as dit?" - "Je ne lui ai jamais parlé. Pas besoin, elle le sait. Et elle aussi elle m'aime." - "A votre âge vous ne devriez pas penser à ça." - "Tu veux que j'attende d'être comme toi? Que tout soit fini avant de commencer?" - "T'es qu'un sale petit voyou. Descends du camion, sale morveux! Allez dégage!"

Dans les vapeurs acides du pot d'échappement, il a hurlé: "Tu vas mourir idiot sale imbécile. Tu ne sauras jamais ce que c'est la vraie vie. Tu crois que je vais oublier que j'ai rencontré la moitié de moi-même, la moitié de mes yeux, la moitié de mes sens, la totalité de mes espérances, la certitude de l'avenir et de l'histoire de l'univers et du cosmos, l'infinie quiétude et la paix de ma course, l'exacte route dans un seul mouvement, La plus belle femme du monde. Va mourir sale adulte cupide et ignorant!!!!"


 Et dans un dernier chuchotement, il a ri en crachant: "Si tu crois que je vais me soumettre à vos espérances sèches et sans espace, alors qu'elle, elle m'ouvre les voies de l'âme des planètes?"



- "Cette fille en vélo... c'est toute ma vie qui passe".




Un autre a essayé de lui dire qu'il ne connaissait rien à l'amour. Qu'à son âge on ne peut pas comprendre. Qu'il ne peut pas être à ce point têtu et sécher l'école et s'enfuir de la tribu, et se cacher dans la brousse, simplement pour courir après cette fille. Et les parents vont finir par se fâcher. Et ça fera une querelle de plus. Et peut-être que ça finira mal cette dispute. Qu'il y aura des bagarres et peut-être des blessés. Que les femmes pousseront des cris pour arrêter la violence des hommes. Que les autres enfants iront se cacher derrière les maisons, sous les lits, en pleurant. Que les anciens se mettront au milieu, et qu'ils auront des crises, des crises de gouttes ou des crises cardiaques. Et qu'il faut qu'il aille travailler au champ pour préparer la terre où planter les ignames. Et qu'il doit le respect à son père, à ses oncles, à ses pépés...




- "Mais je l'aime c'est tout, et vous n'y changerez jamais rien, personne..."


- "Tu finiras en prison."




- "Ca ne changera rien. Vous ne pouvez pas m'empêcher de l'aimer."




Ils l'ont enfermé quelques jours, pendant les vacances d'automne. Tout autour de l'aérodrome, la petite fille pédalait de toutes ses forces, toute la journée. Et puis un jour elle a rangé son vélo, et elle est partie sur la route. Elle a couru de toutes ses forces, et s'est arrêtée devant ce paysage... Elle a réfléchi une heure ou peut-être un peu plus, et elle a pris la direction de Vao, ses petits poings serrés.


A SUIVRE...

 Et quand on fait des impros sur ce thème, quelle imagination les enfants...



Les vestiges du bagne, c'est un projet dont on parle avec Guillaume depuis deux ans. Le transformer en un lieu de spectacles. Peut-être un festival!

Belle balade non?


A demain...




jeudi 13 août 2015

JOUR DE DEUIL A KUNIE

C'est la mémé de mes amis qui s'en est allée. Ils ont ri et se sont soulés au mariage du neveu, et depuis hier ils pleurent la mémé qu'ils viennent de ramener par le Betixo. Oui c'est jour de deuil sur l'île et tous les kuniés se rassemblent.



Je dis bonjour au jour qui vient
Je dis bonjour aux yeux qui s'ouvrent
Je dis bonjour à ma fontaine
Je dis bonjour aux fruits qui tombent des arbres, aux abricots
Je dis bonjour aux fleurs qui grimpent, aux orchidées
Je dis bonjour à ma chanson
Je dis bonjour au tissu jaune
Je dis bonjour au miel du matin
Je dis bonjour aux amoureux qui s'aiment
Je dis bonjour à tous ceux qui s'aiment


EXTRAIT

...


- Va-t-en ! Je ne suis pas ton ami !

Je le regarde longuement, comme le chien que je suis. Le temps de bien comprendre. Mes oreilles s’agitent et mes yeux se baissent. Je tourne lentement ma gueule derrière moi, et d’un mouvement déçu et plein de souffrance, je m’en vais me coucher à vingt mètres de là.


- Je ne suis pas ton ami, mais pourtant si, je ne veux qu’être ton ami. Mais pas maintenant, ton regard me dérange sur l’instant. Laisse-moi seul.
- Regarde! Il a dormi toute la nuit, sur la chaise, devant ta porte.
- Peut-être, je n’ai rien vu.
- Oui, regarde, sur la table aussi, tous ces poils.
- Oui ?
- Qu’est-ce qu’ils viennent faire ici ?
- Je les entends la nuit, ils se battent, ils doivent se blesser, certains poussent des cris.
- La nuit ? Ils te dérangent ?
- Non, je m’en fous.
- Ils te réveillent ?
- La nuit, le jour, je ne sais pas. Quand je dors, je me réveille. Ça me semble naturel non ?
- Ils t’empêchent de dormir ?
- Non, je m’en fous, je passe mon temps à me réveiller, me rendormir, sortir, fumer une cigarette, revenir, tomber de fatigue…
- Dis-le moi, s’ils t’empêchent de dormir.
- Je m’en fous.

Une femme à côté pousse des cris. Elle s’inquiète de son garçon qui court et qui s’en va. Elle est de forte corpulence et semble s’adapter à l’endroit pour y refaire ses gestes quotidiens, ses pas, ses mouvements. Pourquoi les hommes font-ils tant d’enfants ? Difficile à comprendre. Pour s’agiter autour d’eux, continuellement ?

Pourquoi tous ces enfants qui ne demandaient rien et qui posent tant de questions ? Où sont ceux qui vont leur répondre ? La plupart ne questionnent jamais leurs parents sur leurs véritables préoccupations.


- Viens le chien! Viens!
...
- Tu ne veux rien me dire? Tu ne protestes pas?
...
- Evidemment! Tu ne parles pas. Mais fais-moi un signe avec tes yeux, tes paupières, tes oreilles. Dis-moi que tu comprends.
 ...
- Oui, d'accord, moi ou un autre tu t'en balances! Tu as bien raison.
...
- Dis-moi que tu ne m'en veux pas si je te chasse.
...
- Oui, les remords d'un imbécile, je suis d'accord. Chacun sa place et puis c'est tout.
...
- Mais ces enfants qui doivent apprendre toutes ces choses qu'on va leur demander d'oublier, de transformer, d'adapter, de moderniser... Où est le bout de ce fil, de ce lien? Pourquoi personne ne veut vraiment tout reprendre paisiblement? Le temps? Pas le temps?

Je regarde le convoi funèbre passer avec toutes ces mains qui me font signe et tous ces yeux pleins de larmes. Le voilà, le temps, qui passe devant moi... parce qu'il est là, non? Tout simple et tout vrai pour qui choisit sa vie. Elle ne passe qu'une fois. Qu'est-ce que tu en as donc fait? Petit homme, qu'est-ce que tu en as donc fait?





- Hé, le chien! Tu peux venir dormir devant ma porte toute la nuit.

Si tu savais à qui je pense pendant que tu me parles. Pas une seule seconde sans elle. Entièrement prisonnier de ce manque, obsédé par son image, aveuglé par sa lumière, frissonnant dans ce pays où l'hiver est glacé, seul et encore seul au milieu de ma poudre blanche comme une cocaïne dans son sachet, hurlant la nuit comme un chien qui se bat contre tous... elle me manque, et j'en crève, comme elle vit dans mes jours et dans mes nuits....

- Qu'est-ce que tu me racontes le chien?

Non, rien. Bonne nuit, petit homme. Ce que j'en dis, moi, ce n'est rien, je ne suis que ce chien qui vient dormir devant ta porte. Je ne suis que ce chien, le corps brisé, qui hurle à la lune pour qu'on lui rende sa moitié. Rien, quoi, juste un chien...

...

A SUIVRE...



Tout ça n'est qu'une histoire dans le fond, rien d'autre que ce qui vient du fond du dessous de l'amour; kanumera...



A demain...

mercredi 12 août 2015

SURPRISE..

EXTRAIT




- Je ne veux pas que la vie m’attache quelque part.
- Pourquoi tu te sentirais attaché ?
- Ni à quelqu’un d’ailleurs.
- Personne ne t’attache que je sache.
- Je ne me sens pas attaché, je suis attaché.
- C’est bien quelque chose qui te retient.
- Justement, quelque chose et quelqu’un, et les gens aussi, les gens autour de moi.
- A ton âge tu ne peux pas aller bien loin.
- Je m’en fous de mon âge. Si tu crois que c’est ça, tu te trompes.
- Oui mais si tu étais plus vieux, tu ne dirais pas ça.
- Ah non ? Et qu’est-ce que je dirais ?
- Que tu es heureux d’être avec eux, avec ces gens, avec ta famille quoi.
- Le bonheur rend les gens stériles.
- Qu’est-ce que tu racontes, je croyais que tu aimais au moins tes parents.
- Stériles et emmerdants.
- … ha…
- Pourquoi tu ris ?
- Je ne ris pas, je ris jaune.
- Tu ne me crois pas.
- Comment es-tu devenu aussi cynique ?
- Tu vois bien.
- Non justement j’ai du mal à comprendre.
- Tu m’as retrouvé parce que tu sais ce que j’aime. Et ce que je cherche.
- Peut-être ou c’est le hasard qui a fait que je me suis souvenu de ta cachette.
- Tu vois bien.
- Arrête de répéter ça à tout bout de champ, non justement je ne te comprends pas.
- Je préfère disparaître de cette vie, c’est tout.
- Comment ça disparaître, changer de vie tu veux dire ?
- De tout, de vie, de nom, de pays, d’habitudes, de tout quoi.
- De tête aussi.
- Ça je m’en fous.
- Mais pourquoi est-ce que tu en veux autant à tous ces gens proches de toi.
- C’est pas eux, c’est moi… je suis quelqu’un d’autre et je n’arrive pas à être ce quelqu’un d’autre avec ces gens qui veulent que je sois comme je suis ici, enfin bref, c’est compliqué, mais tu comprends ou pas ?
- J’en sais rien.
- Alors qu’est-ce qu’on fait ?
- Je crois comprendre mais je ne vois pas ce que je peux faire.
- Ne fais rien, et laisse-moi y réfléchir et décider tout seul.
- Oui mais à ton âge quand même.
- Tu n’as qu’à faire comme si j’étais plus vieux.
- Tu en as l’air, vraiment, là, tout de suite.
- Alors fais le pour ça ou pour toi. Au moins une fois, fais ce que tu veux vraiment et pas ce que les autres veulent.
- Comment tu peux savoir que je veux vraiment oublier que je t’ai retrouvé ?
- Parce que ça ne sert à rien de me retrouver, je vais me perdre encore aussitôt.
- Je ne te reverrai pas ?
- Non.
- Ça fait peur quand même.
- Parce que tu le sais.
- Oui mais quand même.
- Si tu ne le savais pas ça ne te ferait pas peur.
- Tu veux que je me mente ?
- Non, que justement tu te racontes la véritable histoire.
- La vérité c'est que j'ai la trouille d'avoir à mentir aux autres.
- Justement, dis-leur la vérité, tu as bien vu quelqu'un, mais ce n'était pas celui que tu cherchais.
- Quand je mens ça se voit sur mon visage.
- Pas un mensonge, regarde-moi, tu m'as déjà vu comme je suis là devant toi?
- Non.
- Tu vois bien. C'est bien ça la véritable histoire.
- Je la connais cette histoire ?
- Oui, c’est celle où tu me fiches la paix et où tu me laisses agir comme je juge juste et bon de le faire, sans te mêler de ma vie.
- ...mais...
- Et je te plante là. Il a sauté de l'arbre.

- L'autre a reculé, effrayé du geste et du mouvement, des paroles entendues, et du garçon qu'il n'avait pas reconnu. Oui, ce n'était pas le même. Il n'aurait pas à mentir. 
- Il a sauté de l'arbre et s'est mis à marcher droit devant lui, les mains dans les poches de son blouson. La mer était douce, le sable aussi. Il avait faim, mais savait qu'un poisson sur un feu l'attendait, derrière la brousse humide encore de l'averse qui était tombée. Elle était déjà là. Elle était arrivée par surprise. Elle avait dit "Bonjour, c'est moi". Et tout avait changé autour d'eux. Il la voyait qui l'attendait. Elle le suivait des yeux tout le long de la plage. Elle était là. Il n'y avait plus que ça qui comptait pour eux. Être ensemble. A leur âge, qu'est-ce qu'on s'en fout de l'âge, être ensemble, pas besoin d'autre chose. Quand ils se sont enfin trouvés... depuis qu'ils s'attendaient.




A demain...

mardi 11 août 2015

TU VOIS...


LE MONDE                                                                                                        COEUR BONDISSANT


 VOIR LE MONDE                                                                                              SANS UN SEUL MOT


 SES FRANGES                                                                                                    LES DOIGTS MÊLES


 SES FILS                                                                                                                LES YEUX PLISSES


ET LE REVEIL AINSI... SEUL DIGNE DE CE NOM, TE TEND LA MAIN, ALORS LA VIE PERCE

et s'il manque un seul grain à tout ça...


BOOM BOOM BOOM BOOM

crie le chanteur de Blues...







A DEMAIN...